1 160 000 créations en 2025 : la France entreprend encore malgré tout

En 2025, 1 160 000 entreprises ont été créées en France, dont 864 000 entreprises individuelles et 300 000 sociétés. C’est le chiffre brut. Mais le solde net raconte une histoire différente : environ 600 000 entreprises supplémentaires après déduction des défaillances et radiations. Ces chiffres proviennent du webinaire Bpifrance Création « Créer son entreprise en 2026 : quand, comment, combien ? ». Et ils surprennent : les créateurs n’ont pas ralenti malgré l’inflation qui ne lâche pas prise, les taux d’intérêt qui mettent du temps à baisser et des tensions géopolitiques sans horizon de résolution.
Parmi ces créations, 758 600 micro-entreprises ont été immatriculées en 2025. Ce chiffre dit quelque chose de crucial : la plupart des gens qui se lancent le font seuls, sans capital initial lourd, souvent en testant une idée en parallèle d’une autre activité.
Laurence Tassone, de Bpifrance Création, propose une définition qui mérite d’être énoncée clairement : un secteur « porteur », c’est un secteur qui montre deux signaux en même temps – une augmentation rapide de la demande ET une croissance soutenue des acteurs qui y opèrent déjà. Pas l’un ou l’autre. Les deux ensemble.
Ce filtre structure la suite de ce texte. Parce que se lancer dans le mauvais secteur au mauvais moment, même en travaillant dur, reste le piège le plus banal pour un créateur en 2026.
Le numérique à 70 milliards d’euros : un eldorado accessible même sans gros capital
Le marché du numérique en France a atteint 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, selon Numeum, la fédération professionnelle du secteur. Ce marché s’est construit sur du concret, pas sur une bulle. Et contrairement à beaucoup d’autres secteurs, il reste à portée de quelqu’un qui démarre avec peu.
Pas de stock à financer. Pas de local obligatoire. Pas de camion à acheter. Pour un créateur individuel en 2026, ce sont des avantages structurels considérables. Les niches qui génèrent le plus de demande concrète en ce moment :
- développement web et mobile pour PME locales
- cybersécurité appliquée aux TPE – un marché encore très peu adressé
- conseil en transformation numérique pour artisans, commerçants et professions libérales
- création de contenu et marketing digital (réseaux sociaux, SEO, email)
- automatisation de processus avec des outils IA accessibles
Le Parisien Annonces Légales le souligne dans son analyse « Entreprendre en 2026 : les secteurs à fort potentiel »: la transformation numérique des entreprises traditionnelles génère une demande de fond, pas un effet de mode. Les artisans, les cabinets médicaux, les restaurants – ils cherchent tous quelqu’un pour les aider à passer un cap numérique qu’ils n’ont pas encore franchi. C’est là que rentrent les nouveaux créateurs.
- Quelle compétence précise puis-je délivrer dès maintenant, sans formation supplémentaire de 18 mois ?
- Qui paie déjà pour ce type de service dans mon entourage professionnel ou géographique ?
- Est-ce que je peux nommer 5 clients potentiels avant même d’être immatriculé ?
Si les trois réponses sont floues, le secteur n’est pas encore le bon – ou la niche n’est pas assez précise.
Transition écologique : 20 milliards d’investissements par an, une manne pour les nouveaux entrants

Les chiffres de l’Ademe sont sans ambiguïté : plus de 118 000 emplois dans les énergies renouvelables en France et plus de 20 milliards d’euros d’investissements annuels dans le secteur. Ces volumes créent mécaniquement des besoins en sous-traitance que les grandes structures ne peuvent pas absorber seules.
Les créneaux concrets pour un créateur en 2026 :
- Installation de panneaux solaires et pompes à chaleur – la demande dépasse encore l’offre dans de nombreuses régions
- Audit énergétique pour particuliers et entreprises – avec ou sans certification RGE selon le périmètre
- Conseil RSE pour PME qui ont des obligations de reporting à remplir
- Rénovation thermique – isolation, fenêtres, ventilation
- Mobilité douce : vélo cargo, logistique de proximité, covoiturage local
- Gestion des déchets et économie circulaire – collecte, tri, revente de matières
Ce qui réduit le risque pour un créateur ici, c’est simple : les aides publiques financent les clients, pas directement le créateur. MaPrimeRénov’, les appels à projets Ademe, les fonds européens FEDER – ils mettent de l’argent dans la poche des particuliers et des entreprises. Un particulier qui touche 8 000€ pour une pompe à chaleur est un client qui peut payer. C’est une différence fondamentale.
Mais attention : l’accès à certains marchés publics et aides nécessite des certifications (RGE en tête). Il faut intégrer ce coût et ce délai dans le business plan dès le début, pas le découvrir six mois après l’immatriculation.
Services à la personne : un marché de 30 milliards d’euros porté par le vieillissement de la population
Le secteur des services à la personne représente plus de 30 milliards d’euros en France, selon la Drees et la Dares, repris par LegalPlace. Ce chiffre s’appuie sur une réalité démographique qui ne va pas s’inverser : la France vieillit, le nombre de personnes dépendantes augmente et les familles cherchent des solutions à domicile.
Le crédit d’impôt à 50% pour les particuliers employeurs joue un rôle décisif : il divise par deux le coût réel pour le client. C’est un levier de demande que beaucoup de créateurs sous-estiment.
| Activité | Investissement départ | CA annuel estimé (indépendant) | Niveau de concurrence | Statut recommandé |
|---|---|---|---|---|
| Aide à domicile seniors | moins de 500€ | 25 000€ – 40 000€ | Élevé mais demande forte | Micro-entreprise ou SARL |
| Garde d’enfants à domicile | moins de 300€ | 20 000€ – 35 000€ | Moyen | Micro-entreprise |
| Soutien scolaire | moins de 200€ | 15 000€ – 30 000€ | Élevé | Micro-entreprise |
| Jardinage / bricolage | 1 000€ – 3 000€ (matériel) | 20 000€ – 45 000€ | Moyen | Micro-entreprise ou EI |
| Livraison de repas à domicile | 500€ – 2 000€ | 18 000€ – 30 000€ | Élevé (plateformes) | Micro-entreprise |
Santé, bien-être et prévention : pourquoi les créateurs qui misent dessus résistent mieux aux crises
J’ai discuté avec une sophrologue qui s’est lancée en micro-entreprise en 2023 dans une ville de 35 000 habitants. En dix-huit mois, elle avait une liste d’attente. Pas parce que la sophrologie était tendance – parce que les gens autour d’elle n’avaient pas d’autre solution pour gérer le stress au quotidien.
Voilà la force du secteur santé-bien-être : la demande ne disparaît pas quand l’économie ralentit. Elle change de forme. Les gens réduisent leurs vacances avant de renoncer à leur suivi psychologique ou à leur coaching sportif.
Les niches accessibles sans diplôme médical obligatoire en 2026 :
- coaching sportif et nutrition (certificat de qualification professionnelle CQP ou BPJEPS recommandés)
- sophrologie, gestion du stress, méditation guidée
- création de contenus et applications santé
- services support à la téléconsultation en sous-traitance
- aménagement d’espaces bien-être pour entreprises (salles de repos, zones de décompression)
Et le lien avec les 30 milliards des services à la personne est direct : une partie de cette demande vient de personnes âgées ou de proches aidants en épuisement, qui cherchent précisément ce type d’accompagnement.
Une précision qui compte vraiment : certaines activités de ce secteur nécessitent des certifications précises. Avant de s’immatriculer, il faut vérifier si l’activité visée relève d’une profession réglementée ou non. La micro-entreprise reste le statut majoritaire ici – 758 600 créées en 2025 – mais elle ne dispense pas des obligations réglementaires.
Vous hésitez encore ? Les 3 questions que tout créateur se pose en 2026
Faut-il vraiment créer en 2026 malgré l’incertitude économique ?
Le solde net de 600 000 entreprises supplémentaires en 2025 – après toutes les défaillances et radiations comptées – apporte une réponse partielle. L’incertitude économique n’est pas une découverte de 2026 : elle est le fonctionnement normal. Ce qui change, c’est le type de risque selon le secteur choisi. Un créateur dans un secteur structurel (vieillissement, transition énergétique, besoins numériques) est moins exposé qu’un créateur dans un secteur cyclique lié à la consommation de luxe. Et avec les filets de sécurité français – maintien des allocations chômage sous conditions, protection sociale de l’auto-entrepreneur – le coût d’un échec est objectivement moins lourd que dans beaucoup d’autres pays.
La micro-entreprise est-elle encore le meilleur statut pour démarrer dans ces secteurs ?
Pour démarrer, oui, dans la plupart des cas. Les 758 600 micro-entreprises créées en 2025 le montrent. Les avantages tiennent : immatriculation gratuite, comptabilité simplifiée, charges proportionnelles au chiffre d’affaires. Mais des limites existent : plafond de CA à 77 700€ pour les services en 2026, TVA non récupérable sous le seuil de franchise, image parfois perçue comme moins professionnelle dans les contrats avec des entreprises. Pour un créateur en numérique ou en conseil qui vise des contrats d’entreprises, la SASU ou l’EURL devient intéressante dès que le CA dépasse 50 000€ annuels.
Comment savoir si mon secteur est vraiment porteur et pas juste à la mode ?
Laurence Tassone (Bpifrance Création) pose le bon filtre : augmentation rapide de la demande ET croissance des acteurs déjà présents. Ces deux signaux doivent apparaître ensemble. Trois indicateurs concrets à vérifier avant de se lancer : 1) Les acteurs existants dans ce secteur recrutent-ils activement ? 2) Les prix pratiqués ont-ils augmenté ces deux dernières années, signe d’une demande supérieure à l’offre ? 3) Les délais d’attente chez les acteurs en place sont-ils longs ? Si ces trois signaux sont positifs, le secteur offre des opportunités réelles. Si seule la demande monte mais que l’offre suit très vite, la fenêtre se ferme rapidement.
Mon avis tranché : arrêtez de chercher le secteur parfait, cherchez le problème réel que vous pouvez résoudre
Les données sont rassurantes. 1 160 000 créations en 2025. Des marchés à 70 milliards, 30 milliards, 20 milliards d’investissements. Mais ces chiffres ne disent rien sur ce qui va se passer pour on spécifiquement.
J’ai vu des gens se lancer dans la cybersécurité parce que c’était dans toutes les listes de secteurs porteurs – sans compétence technique réelle, sans réseau, sans client identifié. Résultat : 18 mois de galère et une radiation. Et j’ai vu une ancienne comptable créer une micro-entreprise de conseil RSE pour TPE dans sa ville, avec 8 clients en trois mois, parce qu’elle connaissait précisément les douleurs de ses anciens collègues dirigeants.
C’est là le vrai test. Pas le secteur. L’adéquation entre un problème concret, une clientèle que tu peux nommer et joindre et une capacité à livrer une solution rapidement.
Les listes de secteurs porteurs créent un effet pervers : elles poussent des gens sans appétence réelle vers des marchés qu’ils ne comprennent pas. Le numérique, l’écologie et les services à la personne sont des espaces larges – tellement larges que la seule manière d’y vivre sans se noyer, c’est d’être très précis sur ce qu’on résout et pour qui.
Et sur l’urgence d’agir : rester salarié insatisfait ou chômeur a un coût réel – financier, psychologique, professionnel. Ce coût est souvent plus élevé qu’on ne le calcule. Avec les filets de sécurité français, le risque entrepreneurial est objectivement moins catastrophique que dans la plupart des pays comparables. Mais ce calcul, chaque créateur potentiel doit le faire lui-même, honnêtement, pas sous pression d’une liste de secteurs tendance.
